CONFÉRENCE 1 : FESTIVAL ECRANS NOIRS
Du 02 au 08 octobre 2022

Discussions avec le public sur les problèmes du cinéma camerounais pendant la semaine du festival Écrans noirs du 02 au 08 octobre 2022

Introduction

Dans le cadre de la mise en œuvre des actions relevant de sa mission d’animation, l’association a établi un partenariat technique avec le Festival Écrans Noirs, organisé du 30 Septembre au 07 Octobre 2022 à Yaoundé. L’objectif de cette collaboration visait non seulement à présenter au public ses différentes activités, mais également à braquer les projecteurs sur les travaux de recherche rassemblés, disponibles et exposés dans le stand de l’ACIREC mis à disposition par le comité d’organisation. Dans cette perspective, l’association à travers ses membres, s’est déployée au village du festival, organisée des séances d’échanges, des débats d’idées, des jeux concours sous forme des quiz sur le cinéma, avec un public très hétéroclite ou composite. L’intérêt pour l’ACIREC de se déployer au festival Écrans Noirs s’explique par le professionnalisme dans son organisation, son expérience et sa capacité à drainer des publics. Selon les statistiques des éditions antérieures le festival a régulièrement enregistré plus de 15000 visiteurs, invité une centaine de cinéastes venus de tout horizon, avec des accréditations médiatiques multiples et de plusieurs continents. C’est fort de cette aura que l’ACIREC a choisi de dévoiler ses activités lors de cette grande fête du cinéma africain. Au-delà d’ambitionner d’une position stratégique pour la communication sur la recherche en cinéma au Cameroun, l’association entend se saisir de l’occasion de cette semaine pour sensibiliser, informer et en définitive communiquer sur les travaux des chercheurs déjà existants dans sa base de donnée. Dès lors, l’ossature de ce rapport de synthèse des travaux va se structurer sur trois (03) points. Notamment, la communication sur le projet Campus Ciné 3.0 (I) ; les conversations avec le public (II) et le quiz sur les cinémas Camerounais, Africain et mondial (III).

I. La communication sur le projet Campus Ciné 3.0

En tant qu’organisation aux grandes ambitions, l’intérêt de l’ACIREC était de se fixer des objectifs solides, de définir un calendrier de ses actions et activités à venir mais aussi et surtout de les faire savoir à travers une communication mieux adressée et orientée vers les acteurs précis dont la présence aux Écrans Noirs était indispensable. Pour le Président de l’ACIREC Dr YADIA, il n’y avait pas meilleure occasion pour porter le message de l’association que sur la plateforme de ce festival. D’autant plus que l’on disposait de huit jours francs pour cela. Bien plus, le projet campus ciné 3.0 était déjà disponible et prêt à vendre au public. Concrètement, et selon Yadia, en l’absence des données ou du moins des espaces de consultation des données produites sur le cinéma, il est de plus en plus difficile pour les chercheurs, les enseignants de disposer des ressources intellectuelles fiables pouvant nourrir leurs cours et travaux. C’est fort de ces constats que l’idée de proposer le projet Campus Ciné 3.0 est née, en vue de canaliser et d’interconnecter les différents départements et laboratoires de recherche. Cette brillante initiative, est l’occasion pour les chercheurs de s’associer autour d’un projet qui sommes toutes, y va de la vulgarisation et de la valorisation de leurs travaux. Pour mémoire, le projet Campus ciné 3.0 est une initiative de l’Acirec, copiloté par la Direction de la cinématographie au Ministère des Arts et de la Culture (MINAC). L’objectif de ce projet est de contribuer à la promotion et à la valorisation des recherches et travaux scientifiques dans le domaine du cinéma, en les rendant accessibles aux chercheurs nationaux et internationaux et professionnels intéressés par le cinéma camerounais, voire de l'Afrique centrale. À terme, le projet Campus ciné 3.0 ambitionne de favoriser l’accès aux différents travaux de recherche universitaire en cinéma au Cameroun aux étudiants en cycle de recherche, ainsi qu’aux enseignants opérant dans les différentes Universités du Cameroun (Yaoundé, Maroua, Buea, Dschang, Bamenda, N’Gaoundéré et bientôt Ebolowa, Bertoua et Maroua).

II. Les Conversations Avec Le Public

Créditée d’un grand stand au village du festival Écrans Noirs, l’équipe de l’ACIREC conduite par son président (cf. listes des membres présents) a animé et mené ses activités du 02 au 08 octobre 2022, avec en prime, l’invitation des figures emblématiques de la cinématographie camerounaise. Pour la circonstance, le devoir de transmission a été mis en avant avec l’invitation de manière régulière des jeunes étudiants et élèves aux échanges et débats, dans la perspective pour eux, de se ressourcer ou de s’informer sur cet art, de plus en plus populaire et attirant pour la jeunesse camerounaise. Ceci d’autant plus que depuis 2020, le gouvernement a introduit dans les programmes scolaires, des cours de cinématographie dans le secondaire. Ainsi, outre le pavoisement attrayant du stand, l’ACIREC a procédé à la production en masse des outils de communications hors médiatiques (flyers, brochures, polos, t-shirts, gadgets, banderoles et roll-up) qui d’emblées de la stratégie de mise en visibilité au sens Goffmanien, donnaient l’indication d’une organisation sérieuse et prometteuse. Sur le plan statistique, l’on note la présence dans ce stand de plus de 5000 visiteurs en huit jours, avec en prime une forte communauté des étudiants et élève de la ville de Yaoundé. Pour entretenir ces nombreux visiteurs, l’ACIREC a convié des cinéastes de renoms, y compris ceux de la jeune génération pour discuter de l’avenir de la profession ainsi que de ses chalenges dans un monde en plein mouvement. Les thématiques ayant servi de cadre aux échanges ont essentiellement tournés autour du financement, de la législation, de la politique cinématographique de l’État, de la distribution et des genres cinématographiques à retrouver sur les supports (plaquettes) produits à cet effet, et joints en annexe de ce rapport de synthèse, tout comme les minutes des échanges que l’on peut retrouver dans le rapport générale. Toutefois, indiquons que de manière générale en guise de substance de ces échanges, le cinéma camerounais est en difficulté de financement, ses textes régulateurs caducs, sa politique insaisissable avec une absence criarde des cadres d’expressions et de distribution et un public de plus en plus exigeant. Les producteurs et distributeurs se plaignant des chaines de télévisions qui refusent de payer les œuvres malgré des multiples injonctions de certaines associations professionnelles concernées. Même s’ils continuent de garder espoir, le plus urgent selon eux est de voir le gouvernement se consacrer à la révision du cadre juridique afin de permettre aux cinéastes de travailler dans un environnement actualisé au contexte technologique moderne. Bien plus, la question des financements n’est pas du reste car les cinéastes espèrent de l’État qu’un fonds de soutien sera mis sur pied très prochainement pour soutenir le cinéma et la création.

III. Le Quiz Sur Les Cinémas Camerounais, Africain et Mondial

L’association a pensé à ce jeu de question réponse dans le but d’intéresser le public du festival, notamment celui présent à ses activités à son stand. Même si au final l’activité s’est adressée à toute personne, il faut noter que cela n’a pas empêché de récompenser tout l’ensemble car les lots de participations étaient disponibles en quantité. Avec des séries de questionnaires constituées en avance, le but était de poser des questions sur le cinéma local, africain et mondial et de laisser le public s’essayer aux réponses. Au final, plus d’une centaine de QCM ont été soumis avec chaque fois des récompenses aux lauréats. Comme lots de participations, il y’avait des polos, des gadgets de communications sur l’association, des cahiers, des stylos etc…financés par l’ACIREC. Les questionnaires, ainsi que les différentes réponses y compris les présentateurs des quiz sont consultables dans la plaquette produite à cet effet et jointe en annexe de ce rapport de synthèse. En définitive, l’on note que le festival a servi de cadre pour un bon lancement des activités de l’association, bien que existante depuis 2018. L’évènement a aussi permis de connaître des points important à améliorer sur le plan de l’organisation interne, notamment dans l’assignation et la responsabilisation des membres aux différentes tâches. Le bilan positif de cette première sortie augure d’une belle trajectoire pour la suite des activités de l’association qui n’entend pas s’arrêter de si bon chemin, ceux d’autant plus qu’elle prépare déjà la tenue de la conférence de lancement de son projet phare campus 3.0 prévu dans quelques jours.

CONFÉRENCE 2 : FESTIVAL YARHA
20 Janvier 2023

La conférence de présentation publique de l’interface de la biblio numérique campus ciné 3.0 suivie de deux panels sur la politique et distribution des films au Cameroun

Le 20 Janvier 2023, s’est tenue dans la salle de projection cinématographique Sita Bella, la conférence sus repris en titre, organisée par l’Association Camerounaise Interuniversitaire des Chercheurs en Cinéma (ACIREC), à l’occasion de la 9ème édition du Festival Yahra organisé du 15 au 21 Janvier 2023. Inscrite dans le continuum de la présentation de l’ACIREC et de ses projets au public, la rencontre a servi de cadre pour la présentation de l’interface de la bibliothèque numérique Campus Ciné 3.0, projet co-piloté par le Ministère des Arts et de la Culture (MINAC) à travers sa Direction de la Cinématographie. Pour mémoire, rappelons que le projet Campus Ciné 3.0 se veut être une bibliothèque numérique, constituée des travaux de mémoires et de thèses défendus dans le champ de la cinématographie à travers les différentes universités du Cameroun. Idéalement, le projet vise à contribuer à la valorisation des recherches et travaux scientifiques dans le domaine du cinéma, en les rendant accessibles aux chercheurs locaux et internationaux et aux professionnels intéressés par le cinéma Camerounais, voire sous régional. Ces échanges qui ont débuté à 10 heures et 15 minutes, ont connu outre la présence des responsables du MINAC et de l’ACIREC, celle des promoteurs de festivals, des universitaires, des professionnels du cinéma, des hommes et femmes de la presse, des étudiants ainsi que de nombreux festivaliers présents à Yarha. Les travaux, animés par le Dr ABEL EDOUNG ont connu une forte assistance (étudiants, professionnels et invités du festival). Deux principaux points ont constitué l’ossature des travaux : la présentation de l’interface de la Bibliothèque numérique Campus Ciné 3.0, et la double conférence d’abord sur les politiques cinématographiques nationales et la distributions des films au Cameroun. La présentation de l’interface de la bibliothèque numérique Campus Ciné 3.0 C’était le moment crucial de la cérémonie au regard de l’importance du projet Campus 3.0, actuellement de dimension nationale. Abordant ce point, la parole a été donnée à l’ingénieur informaticien, concepteur de la plateforme et de l’interface numérique de la bibliothèque. Il en est ressorti de la démonstration technique de Monsieur NGILAHPONG Jolinos, que le site de la biblio numérique était déjà opérationnel et consultable via www.campus-cine.acirec.org. Continuant son propos, l’ingénieur au moyen d’une démonstration visuelle, a expliqué dans le détail, le processus ainsi que les étapes à suivre pour accéder à l’interface. De manière concrète, l’on peut retenir que l’accès au site sus indiqué requiert au préalable de disposer d’une adresse électronique, de créer un compte ou un profil avec des références et codification personnalisées sur la plateforme. Une fois ces conditions satisfaites, l’on peut aisément s’orienter vers l’ergonomie de la bibliothèque numérique et de facto, vers les travaux de recherches disponibles. Dans son propos conclusif, il a interpelé l’assistance sur la gratuité en cours de l’accès au site. Aussi, il a également indiqué que la vocation du site n’était pas de fonctionner ad vitam aeternam dans la gratuité, mais qu’il faudra à l’avenir, justifier d’une somme symbolique pour y avoir accès. De manière circonstancielle et exceptionnelle, il a offert ses services à ceux qui désiraient se faire assister pour une inscription sur la plateforme.

I. La conférence

Organisée autour de deux panels, les discussions du panel 1, modéré par le Dr Aristide SANAMA portaient sur la règlementation du cinéma au Cameroun, les lois en vigueur, leurs forces et leurs limites. Les professionnels ci-après essentiellement des producteurs et réalisateurs, constituaient ce panel des échanges. Il s’agit des sieurs Rémi ATANGANA, Billy Bob NDIVE LIFONGO et Frank NDEMA.

1. De la prise de parole de M. Rémi ATANGANA

Rémi ATANGANA est Producteur, doublé de sa casquette de Coordonnateur du pôle art cinématographique au MINAC. C’est donc en homme d’expérience multiple, qu’il a été convié à cette plateforme de partage professionnel. Son propos introductif a consisté à présenter un chapelet de salutations et de remerciements, notamment à l’endroit des organisateurs de la cérémonie, de la promotrice du festival Yahra, Madame Sylvie NWET et des membres de l’Acirec. Se félicitant par la suite de la présence des journalistes, il a émis le vœu d’assister à des échanges remplis convivialité et de partage mutuel. Au terme des civilités, le conférencier a immédiatement planté le décor avec une classification hiérarchique des normes juridiques régissant la cinématographie au Cameroun. À ce titre, l’on apprenait que les textes relavant des traités supranationaux tout comme des conventions bilatérales et multilatérales (UNESCO, OAPI, OMPI, UE, UA) avaient force de loi sur les corpus juridiques nationaux. Bien plus, il a insisté sur le fait que toutes ces instruments de régulation et de contrôle de la profession sont mis sur pied pour compléter et orienter l’activité des professionnels de la cinématographie et de l’audiovisuel local. Ces propos ont servi de prétexte pour entrer dans le fond de la problématique, qui reste et demeure l’impossibilité de l’application en l’état des textes régissant le cinéma camerounais. Concrètement, Rémi Atangana affirme que les lois de 1988 et leur décret d’application de 1990 sont désuets et demeurent très en déphasage sur les réalités technologiques, idéologiques et économiques actuelles dans ce domaine de plus en plus prolifique dans notre pays. En conséquence, des avancées liées à l’exploitation et à la circulation de ces œuvres demeurent une chimère dans notre environnement, sans compter les multiples entorses aux activités de la régulation et à la question des droits d’auteur des acteurs. Dans le même sens, il rappelait que cette situation n’était pas favorable au développement et à la dynamisation de la création des industries culturelles de manière générale et à la rentabilité de l’industrie que tous appellent de leurs vœux. D’où son invite à une synergie entre les organisations professionnelles à se mettent définitivement en place pour jouer le rôle d’interface entre les professionnels et les pouvoirs publics. Pour conclure sa prise de parole, il a indiqué que les organisations professionnelles avaient un rôle fondamental dans l’organisation du secteur audiovisuel et cinématographique en insistant sur le fait que la faiblesse de ce secteur au Cameroun était en partie dû aussi au manque d’interface entre les professionnels et les pouvoirs publics, sans laquelle aucun impact majeur ne sera visible dans le sens de l’amélioration des conditions des cinéastes et même de la normalisation de la profession.

2. De la prise de parole de Billy Bob N.LIFONGO

Billy Bob N. LIFONGO est un producteur et réalisateur prolifique dans le genre série tv. Membre influent de Cameroon Film Industry (CFI), il est l’une des voix qui comptent dans le cinéma anglophone au Cameroun. Sa présence dans ce panel est dès lors d’autorité et frappée de tout sceau de légitimité. Comme le précèdent orateur, Billy n’a pas manqué au rituel des civilités d’usage avant d’entrer dans le vif du sujet. Ainsi, il a indiqué avec force, qu’il y’avait trop de lois et textes incompatibles aux réalités du terrain, se servant de son expérience d’homme d’action. Pour étayer et clarifier ces affirmations, il a pris comme exemple, une des situations dont il est témoin au quotidien sur le terrain à savoir, la prééminence d’une autorisation délivrée par les autorités administrative locale de la préfectorale sur les documents officiels obtenus au MINAC. En tant que légaliste, il a toujours sollicité et obtenu les différentes autorisations requises pour la production d’un film. Cependant, face à l’ambigüité entretenue sur le terrain, ils sont de plus en plus découragés. Poursuivant son propos, il a noté que la plus part des cinéastes font face sur le terrain aux forces de Maintien de l’ordre dont la sensibilisation sur les questions culturelles est assez limité. Ceux-ci, méprisent et méconnaissent les documents du MINAC et ne considèrent que ceux de la préfectorale. Tout ceci, au-delà de freiner le travail, crée d’énormes pertes en production car elle engendre des nouvelles poches de dépenses. Pour lui, les professionnels ne sont pas suffisamment considérés au Cameroun, ce qui se traduit par la légèreté avec laquelle leur activité est administrée par le haut. Pour illustrer ses propos, il a avancé que lors de l’élaboration des différentes lois, les doléances et plaintes des professionnels ne sont généralement pas prises en compte. Celles des bureaucrates sont privilégiées. Il soulignait qu’ailleurs, le système est protectionniste pour aider les acteurs et il n’existe pas trop de lois et textes inutiles mais des chartes contrôlées par l’administration permettant de protéger l’artiste et son œuvre. Par contre au Cameroun, l’artiste est exposé et abandonné à lui-même. Non seulement il n’est pas subventionné, il se bat seul pour trouver des financements mais l’administration lui demande encore de verser un pourcentage de sa rentabilité. Il conclut en relevant que l’artiste ne peut donc pas à cette allure vivre aisément de son art. Il est méprisé pourtant les artistes ont le potentiel nécessaire pour développer un pays. Selon Billy, sans doute l’état n’y accorde aucune considération sans doute parce que d’autres sources de revenu budgétaires demeurent encore exploitables. Mais, en taclant les gouvernants en guise de cri d’alarme, il a indiqué « le pétrole va finir mais l’art ne va jamais disparaitre ».

3. De la prise de parole de Frank NDEMA

Prenant la parole, Frank Ndema s’est conformé aux règles de civilité tout en mettant une emphase sur l’ACIREC, qui a donné l’opportunité de cette rencontre. Après avoir salué et remercié le panel, les membres de l’organisation et le public, il s’est appesanti sur les difficultés relatives la mise en œuvre de la loi de 2000 qui régit le droit d’auteur et les droits voisins du droit d’auteur au Cameroun de nos jours. De sa brève intervention, l’on a pu apprendre qu’il existait un chevauchement dans la mise en œuvre des actions gouvernementales notamment en ce qui concerne l’application de certains textes régissant le cinéma et l’audiovisuel au Cameroun. Pour lui, le conflit d’intérêt est observable entre le MINAC, le MINCOM et le MINAT dont les fonctions et missions créent l’ambigüité sur le terrain. À titre d’illustration, il note que les accréditations (autorisations) permettant de tourner des documentaires sont délivrées simultanément par ces ministères. Cette cacophonie ne légitime pas la profession, encore moins le MINAC qui est leur tutelle. Pour conclure, il a tenu à indiquer que la taxation actuelle du cinéma n’encourage aucun cinéaste à demeurer dans la légalité car ils ne peuvent pas s’autofinancer, recourir aux partenaires internationaux pour financer leurs œuvres et en même temps s’imaginer reverser des fonds au MINAC ou à la Direction du cinéma, totalement en l’absence d’incitation de leur part. En un mot comme en mille, il présente un manque de sérieux de l’administration qui n’encourage guère les producteurs extérieur à venir au Cameroun. Or les incitation auraient pu emmener le cinéma camerounais à être une véritable locomotive dans la sous-région. Enfin, il est ressortit de ses propos, une invite à la solidarité dans le secteur afin de parler d’une seule voix aux pouvoirs publics qui in fine, sont les partenaires privilégiés de l’industrie. C’est sur ces mots bien choisis de Frank Ndema que le panel 1 a mis fin à ses travaux, sous une modération bien coordonnée.

II. La distribution cinématographique au Cameroun : entre utopie, réalité et perspective. Peut-on vraiment vivre du cinéma au Cameroun ?

La problématique en débat était d’emblée révélatrice d’une difficulté sectorielle. En effet, la suite des échanges très nourrie lors des débats du panel 1, des observations objectives mais aussi des récriminations ont été adressées à l’endroit de la tutelle, en l’occurrence, le MINAC. Il était dont naturellement utile qu’une mise au point soit faite de la part de l’institution qui à son corps défendant, et à travers le Directeur de la cinématographie a tant bien que mal proposé un discours d’union et d’espoir.

1. De la prise de parole du Pr FAI Donatus TANGEM, Directeur de la Cinématographie et des Productions Audiovisuelles (DCPA/MINAC)

Pour introduire les débats dans ce panel qu’a continué à modérer le Dr SANAMA, l’honneur a été donné au DCPA de prendre la parole sur la problématique. Après des salutations et remerciements, il s’est excusé de son absence lors des travaux du premier panel dont il était membre, absence due aux contraintes professionnelles. Dans une brève allocution, il a fait savoir sa frustration et indiqué que malgré le constat négatif qui est fait sur la caducité des textes de lois régulant l’industrie cinématographique au Cameroun, les cinéastes sont tenus de les respecter, faute de quoi, ils seront exposés à la rigueur de la loi ! Toutefois, en reconnaissant la désuétude de ces textes, il explique que la règlementation en vigueur nécessite une véritable modification pour de multiples raisons évoquées par les précédents orateurs. Cela sonnait d’ailleurs comme une nécessité, un devoir régalien de l’État qui sait et ne fonctionne qu’avec des lois et règlements. Sans toutefois se soustraire de la théorie de la carole et du bâton, le DCPA a une fois de plus réitéré sa ferme conviction d’emmener les cinéastes récalcitrants à respecter les lois en vigueur en attendant leur modification. Concluant son propos expéditif, il a conseillé aux professionnels du cinéma de produire de bonnes œuvres afin d’essayer de vivre de leur art car quand c’est bon on vend facilement et le public adhère rapidement.

2. De la prise de parole de Léa MALLE

Lea Malle est un jeune cinéaste prolifique, producteur et réalisateur de plusieurs œuvres à succès, CEO of Inception Arts and Com, spécialisée dans la formation, la production et la postproduction des œuvres. Après s’être conformé au rituel de civilité, il a introduit son propos en ces termes forts de sens : « 30 ans sans cinéma, ça affecte ». Ça affecte l’information et la formation des uns et l’appréciation des autres. Il rappelait qu’après 30 ans, il était difficile d’être à l’afflux des réalités du terrain. Son discours a laissé entendre qu’il fallait prendre en compte, l’influence des médias sociaux qui de nos jours ont occupé une place importante dans le marketing et la promotion d’un film. Pour lui, ces médias peuvent facilement convaincre l’opinion publique qu’un film est bon même s’il ne l’est pas et inversement. Face à ceci, il invitait à une meilleure utilisation afin de tirer le meilleur de cette technologie. D’après Léa, malgré son background cinématographique, il ne pourrait avoir la prétention, ni la certitude de déclarer un bon film, car c’est une question de conviction. En revanche, il conseille et soutien qu’il faudrait essayer de faire des films qui respectent les normes d’un film captivant et vendable. Il a insisté sur l’importance des réseaux sociaux en réitérant qu’ils peuvent aider à disposer d’une fan base sur le net, capable de propulser une œuvre de qualité, ce qui est aussi gage de rentabilité pour les auteurs. Pour finir, il réaffirme que lorsqu’on choisit son domaine dans le cinéma, il est important de bien travailler et de ne négliger aucun aspect de la communication pour pouvoir essayer de vivre de son art au Cameroun.

3. De la prise de parole de MUSING Derrick

Membre influent du CFI et surtout « Manager of Filmroom », Musing Derrick est Producteur et réalisateur, Cordonnateur du pôle art cinématographique au MINAC. Dès sa prise de parole, il a de manière directe affirmé qu’il n’était pas possible de vivre du cinéma au Cameroun car les télévisions achètent mal les productions cinématographiques. Aussi, il explique que pour pouvoir vendre sur internet, distribuer à travers les différentes plates formes de distribution comme YouTube et autres, il faudrait avoir de nombreux abonnés qui s’intéressent véritablement à votre travail. De plus, les cinéastes s’auto financent et la plus part ne bénéficient pas d’une rentabilité équivalente à la dépense, comment pourrait-on donc vivre du cinéma au Cameroun ? À ce titre, il a invité les cinéastes et les cinéphiles à changer de mentalité notamment en favorisant l’accès à leurs films. Ceci passe également par la vente à des coûts réduit qui à terme, permet aux consommateurs de connaitre les productions. Par ailleurs, il a insisté sur la nécessité pour le public cinéphile d’encourager les artistes en s’abonnant à leurs comptes, pages et autres plateformes numériques disponibles qu’ils proposent, en assistant aux projections parce que si les artistes existent, c’est grâce à eux et pour eux.

4. De la prise de parole du Dr ELOUNDOU Longin

Pour le Dr ELOUNDOU Longin, il y’a une urgence à légiférer sur des nouveaux textes du cinéma. Continuant son propos, il a présenté en quelques minutes sa contribution intellectuelle à l’évolution de cette science. Il ainsi profité de l’occasion pour expliquer les contenus de ses deux ouvrages intitulés : « Pour un cinéma de scolarisation » et « La politique cinématographique de l’État du Cameroun de 1988 à 2020. Entre fulgurances, errance et dissonances », ouvrages dans lesquels il affirme y avoir posé les jalons d’une orientation politique possible, en terme de recommandations et e conseils pour le développement de l’industrie cinématographique au Cameroun.

III. La séance des échanges avec le public

Ce fut un moment d’échanges et de conversation entre les panelistes et le public (étudiants, journalistes, cinéastes, chercheurs) présents. À l’occasion, la parole a été donnée à l’assistance pour la série de questions réponses ainsi que des contributions mélioratives. Une série de six questions a été consentie. À cet effet, monsieur SEYI Lucien, sous-directeur à la Direction de la cinématographie dans sa prise de parole, a tenu à recadrer objectivement, selon lui, les panélistes. Il s’indignait du fait que les cinéastes soient tout le temps en train de se plaindre du fait que leurs besoins et réalités ne soient jamais considérés lors de l’élaboration des lois qui régulent l’industrie cinématographique. À cet effet, il leur a conseillé d’arrêter de remettre leurs frustrations et leur incapacité sur le dos de l’État, et de l’administration. Toujours avec un ton impératif et grave, il invitait les cinéastes à créer une synergie de personnes capables qui les représenteraient et mettraient en évidence leurs besoins et leurs réalités afin que ces derniers soient plus pris en considération et écoutés. Pour finir, il n’a pas manqué de les inviter à se conformer à la règlementation existante en attendant la révision des textes dénoncés. Après ces propos crus et discourtois selon l’assistance, le responsable du MINAC n’a pas cru devoir attendre que lui soit servi une réponse, mais a délibérément quitté la salle des travaux, provoquant ainsi un émoi et un manque de respect à l’égard des panelistes et des organisateurs. Les autres préoccupations ont essentiellement consisté à des questions de mise au point et de précisions de langage. Au terme des travaux, quelques recommandations ont été formulées ainsi qu’il suit :

Tous les différents points étant épuisés, la conférence a pris fin à 14 heures 30 minutes.